Oscar Raby
VRTOV, RMIT University, Melbourne
Le père d’Oscar Raby avait 22 ans quand il a été le témoin d’une exécution de masse au Chili. C’était dans les premières semaines de la dictature imposée sur le pays par le général Pinochet, précisément le 16 octobre 1973 : une « caravane de la mort » supprimait les opposants politiques sans autre forme de procès.
Plus de 40 ans après, on parle encore de ces exactions dans les médias, dans les cours de justice ou entre simples citoyens. C’est un passé qui ne passe pas, ou alors douloureusement. Un tabou, même, dans certaines familles.
Hanté par les confidences de son père qu’il avait jusque-là conservées secrètes, Oscar Raby se défait ici de ces souvenirs en les propulsant dans un casque de réalité virtuelle. L’expérience autobiographique place l’utilisateur dans les pas de son père, contraint malgré lui d’assister à un crime contre l’humanité. Ni bourreau, ni victime, mais dans un intenable entre-deux.
Le dispositif a été construit à partir de représentations virtuelles de l’auteur modélisées en 3D, base visuelle de tous les personnages de l’univers narratif. Il nous ramène sur les lieux des assassinats, et nous place dans la position de l’observateur. Autre espace, autre temps : que choisirez-vous de voir ?
Inspiré par les jeux vidéo de tir à la première personne (FPS) et aidé par le logiciel Unity, Oscar Raby substitue l’acte du regard à l’action de la gâchette. Contempler cette scène de guerre, en immersion et loin du réalisme photographique, déclenche de puissantes sensations, à la fois délicates et terrifiantes.
Assent tire aussi en partie sa force de l’impossibilité de s’y soustraire. Le casque de réalité virtuelle lie irrémédiablement l’utilisateur à l’histoire. Sans échappatoire possible, dépourvu du pouvoir d’infléchir le cours du récit, on explore alors autrement la manière dont les traumatismes de guerre se transmettent de génération en génération. Ou comment un père et son fils font face, ensemble, au poids de l’Histoire…